Les théories du complot en lien avec la COVID-19

Par Clara Sornin

Dans un contexte de pandémie qui perdure depuis bientôt un an, un phénomène qui était déjà présent, mais qui a pris de l’ampleur, regroupe des individus de tous âges, de différentes origines et de tous niveaux d’éducation, qui s’attèlent à imaginer tous les complots qui pourraient entourer la situation sanitaire. 

Selon une étude publiée en 2020 par l’Institut National de la Santé Publique1, environ un quart des Québécoises cautionneraient des théories du complot à propos de la COVID-19. Par exemple, certaines personnes clament un complot du gouvernement ayant pour but de brimer la liberté des citoyennes avec l’obligation du port du masque. D’autres prétendent que « Big Pharma » (c.-à-d. l’industrie pharmaceutique) s’efforce à dissimuler des remèdes « miracles » comme l’hydroxychloroquine. On a, en outre, beaucoup entendu parler de la technologie de la 5G qui, selon les complotistes, causerait les symptômes du coronavirus, que les vaccins seraient utilisés pour contrôler la population, etc.

Les théories du complot en lien avec la pandémie sont également associées à la montée du populisme médical et scientifique qui sévit depuis l’éclosion du virus. Certaines personnes ont même tendance à penser que les promoteurs de ces théories du complot sont peu éduqués, issus de milieux défavorisés, ne sont pas dotés d’une grande intelligence ou encore sont sujets à des troubles de santé mentale. Pourtant, selon la journaliste Bouchra Ouatik2, nous sommes toutes et tous à risque d’adhérer à de telles théories. D’ailleurs, les personnes seules, qui sont dépassées par la situation sanitaire ou qui ont peur, sont particulièrement à risque d’être happées par de telles théories. 

Pour tenter d’expliquer ce phénomène répandu, certains théoriciens se penchent vers des explications évolutionnistes. C’est le cas, par exemple, du docteur Jean-Willem, qui soutient que dans le passé, « nous croyions que nos cerveaux s’étaient adaptés pour être à l’affût des conspirations hostiles3 » (van Prooijen Jean-Willem, 2020). Toutefois, aujourd’hui, le domaine de la psychologie évolutionniste, qui étudie les comportements des humains en lien avec la théorie de l’évolution4, décrit le phénomène des théories du complot comme un « décalage ». Ce concept représente l’écart entre la transformation des sociétés et la mésadaptation de notre cerveau par rapport à ces nouvelles réalités émergentes. Jean-Willem insiste donc sur le fait que l’évolution de notre cerveau n’a pas été en mesure de suivre aussi rapidement l’évolution vibrante des sociétés. 

De plus, les êtres humains ont tendance à rechercher l’information qui correspond déjà à leurs idées, validant ainsi leurs propres hypothèses. En effet, ce biais cognitif se nomme le biais de confirmation5 et joue un rôle important dans la manière dont les personnes adhérant à des théories du complot recherchent leurs informations et les propagent par la suite. Ce qui est dangereux dans un mouvement conspirationniste, c’est surtout le fait qu’il divise la population et crée un faux sentiment d’appartenance à une communauté, rejette la méthode scientifique et propage des idées parfois dangereuses pour la santé publique (par ex., le mouvement anti-vaccin). 

Enfin, un autre phénomène souvent observé chez l’humain est celui de la détection d’agentivité6. Ce principe introduit par le psychologue Albert Bandura explique la tendance des êtres humains à s’expliquer les phénomènes qui les entourent par une force extérieure, et au fait que ceux-ci ne sont pas dûs au hasard. Comme le pharmacien Olivier Bernard (qu’on connaît sous le nom de « Pharmachien ») l’explique, ce système est fait pour nous protéger et, encore une fois, relève de l’évolution. Par contre, dans le cas des complotistes, on parle d’un refus catégorique de voir le caractère aléatoire (jusqu’à un certain point) de la pandémie et de l’attribuer plutôt à l’industrie pharmaceutique, au gouvernement et autres coupables potentiels. 

Pour conclure, il est pertinent de se rappeler les différents concepts qui englobent la problématique complexe des théories du complot. Dans ces temps incertains qui nous poussent à poser plusieurs questions quant à l’avenir, il est important de demeurer vigilantes face à l’information qui circule de tous côtés. Nous ne sommes pas invulnérables aux théories du complot et nous devons nous protéger en nous connectant aux autres. Nous pouvons également nous servir de différents mécanismes d’adaptation pour s’armer face aux grandes incertitudes que cette pandémie nous fait vivre. Par exemple, selon Jill Rathus, professeure de psychologie à l’Université de Long Island, il est préférable d’éviter de regarder les nouvelles si cela représente un agent trop stressant. Nathaniel Herr, professeur associé en psychologie à l’American University, suggère de son côté que compléter des tâches simples peut aider à se sentir en contrôle. La professeure en psychologie à l’Université d’Oregan, Nicole Giuliani, évoque également les bienfaits associés à prendre soin de soi et à tenter d’accepter les circonstances actuelles7. En résumé, nous vivons toutes et tous des circonstances plus ou moins difficiles dû à la pandémie et il est tout à fait normal de vouloir chercher des réponses face à l’incertitude… mais plutôt que de sombrer dans des théories du complot, restez en contact avec vos proches, tentez de bien gérer votre stress, et surtout, prenez du temps pour vous reposer physiquement et mentalement.

Notes

1 (S.A.) (2020, 3 août). Près du quart des québécois adhéreraient à des théories du complot. https://www.lapresse.ca/covid-19/2020-08-03/covid-19-pres-du-quart-des-quebecois-adhereraient-a-des-theories-du-complot.php. La Presse. 

2 Ouatik, Bouchra. (2021, 10 janvier). Nous sommes prédisposés à être conspirationnistes. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1761625/cerveau-conspirations-complots-covid-19 Radio-Canada.

3 Marc Richelle. Psychologie ÉvolutionnisteEncyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2021. https://www.universalis.fr/encyclopedie/psychologie-evolutionniste/

4 Girard, Mario. (2021, 16 janvier). Le conspirationniste au fond de nous. https://www.lapresse.ca/actualites/2021-01-16/le-conspirationniste-au-fond-de-nous.php. La Presse. 

5 Larivée, S., Sénéchal, C., St-Onge, Z. & Sauvé, M.-R. (2019). Le biais de confirmation en recherche. Revue de psychoéducation, 48 (1), 245–263. https://doi.org/10.7202/1060013ar

6 Bernard, Olivier. (2020, 22 avril). Dans la tête d’un conspirationniste. Le Pharmachien. https://lepharmachien.com/conspirations/   

7 Haupt, Angela. (2020, 19 octobre). Conspiracy theories: Why some people are susceptible and how to protect yourself. The Washington Posthttps://www.washingtonpost.com/lifestyle/wellness/why-uncertain-times-make-us-susceptible-to-conspiracy-theories–and-how-to-protect-yourself/2020/10/16/21becf08-0f1a-11eb-8a35-237ef1eb2ef7_story.html


Corrigé par Camille Lavoie et Zoé Guézel  

Révisé par Mélyna Langlois et Nessa Ghassemi-Bakhtiari 

Photo par Tom Carnegie (@t_carnegie)