Nourrir la flamme : l’importance de trouver ses modèles

Par Jade Léveillé

Je suis étudiante en fin de troisième année, je terminerai mon baccalauréat à l’hiver 2027 et par moments, je suis épuisée. Ce n’est pas un secret pour personne : le parcours pour devenir psychologue n’a rien de simple. La course au doctorat est faite de doutes, d’angoisses et de remises en question qui peuvent être lourdes à porter. Un éclairage que je souhaite partager serait de vous nourrir des personnes qui vous rappellent pourquoi avoir choisi le métier de psy. Pour moi, c’est la rencontre de Christine Goyette qui m’accompagne, comme un phare, vers mon désir d’être psychologue.

Lettre ouverte basée sur une discussion informelle avec Christine Goyette : psychologue et chargée de cours dans la section humaniste.

J’ai eu la chance de suivre le cours d’atelier d’observation en approche humaniste, enseigné par Christine Goyette, à l’automne 2024. Un an et demi plus tard, je peux affirmer avec confiance qu’il s’agit d’une rencontre qui a façonné et façonne encore aujourd’hui mon cheminement. Ensemble, nous avons échangé sur le chemin vers la profession de psy, sur la pratique d’approche humaniste et sur l’importance de créer sa place dans le monde académique.

Pour moi, la question n’a jamais été de devenir ou non psychologue, mais plutôt de rester ouverte aux différents chemins qui m’y mèneront. Si le parcours est fait d’incertitudes, nous avons un levier comme étudiant.e : la volonté inébranlable de se rendre au bout. Si cette volonté peut être amenuisée par les embûches, j’ai la conviction que cette flamme en nous ne saura être découragée par l’adversité lorsqu’on trouve ce qui la maintient en vie. On nous parle souvent de plan B, mais j’ai envie de m’en tenir à mon plan A, et je sais maintenant qu’il existe plus d’une manière d’y arriver. Je pense qu’on doit se donner, comme étudiant.e, le droit de croire. Cet espace qu’on apprend à se laisser pour cultiver l’espoir est crucial dans une démarche si exigeante. Il nous permet de déployer l’énergie nécessaire à l’atteinte de nos buts. Me reconnaître auprès de modèles qui me font sentir que j’ai ma place en psychologie m’aide à me projeter dans mes études. Apprendre à voir ma sensibilité et mes vulnérabilités comme des forces plutôt que des failles reste une quête d’instant à instant, mais j’arrive à me faire plus confiance en m’identifiant à des personnes qui incarnent ce que je veux être à mon tour : une identité professionnelle indissociable de la personne humaine que je suis.

Lors de mon atelier d’observation, Christine nous a demandé de nous pencher sur une image nous inspirant l’espace de la psychothérapie. J’ai choisi la bulle – cet espace de l’entre-deux – fragile et momentanée, elle encapsule, laisse flotter, existe et plus encore. C’est une image qui m’habite toujours. L’espace thérapeutique dans l’impermanence, la singularité, la rencontre, délimité dans ses contours, mais qui transcende le réel. Lorsque je lui ai relancé la question, elle m’a parlé de la maison relationnelle1 : cette capacité du thérapeute à instaurer une ambiance chaleureuse et sécurisante qui guide le patient dans l’interprétation de son histoire et de son rapport au monde. La relation thérapeutique devient lieu de rencontre, de dialogue et d’échange entre deux subjectivités, où la présence réelle et authentique permet au changement d’advenir. La présence a été au cœur du projet doctoral de Christine et s’incarne chez elle avec évidence. Je ne peux m’empêcher de voir dans nos échanges ainsi que dans ses cours sa manière d’habiter l’espace avec sensibilité. Elle a cette façon d’être qui ouvre au partage et à la rencontre, et j’espère un jour à mon tour porter si naturellement la présence.

Je me trouve souvent à réfléchir à ces qualités profondément humaines qui habitent certains thérapeutes, les amenant à créer aisément cette maison relationnelle dont parle Christine. L’empathie, l’écoute, le non-jugement, la présence, l’ouverture et la curiosité à l’expérience de l’autre : autant de manières d’être à cultiver pour créer un espace sécurisant où le patient peut se déposer et prendre le risque d’être pleinement. Je pense que développer ces caractéristiques nécessite une grande conscience de soi. Mettre en lumière ses forces, ses biais et ses limites permet de se laisser être plus humain et engendre une plus grande bienveillance à soi qui ouvre à une plus grande bienveillance à l’autre. Christine m’a permis de voir en ces manières d’être une véritable valeur clinique. Chez le thérapeute qui incarne humblement ces qualités intangibles réside un outil fort précieux : son savoir-être. Mon désir de voir l’autre tel qu’il est, mes tentatives d’appréhender le monde comme lui et ma sensibilité à la souffrance d’autrui m’amènent à vouloir poursuivre mes études en psychologie humaniste. Je suis reconnaissante que mon chemin ait croisé celui de Christine, sa vision de la psychothérapie humaniste m’a permis de me reconnaître dans cette approche. Grâce à elle, en partie, je me sens un peu chez moi chez les humanistes et j’ai envie d’y dessiner ma place.

On dit que certaines personnes nous marquent plus que d’autres, qu’on les porte avec nous. En psychologie, on irait jusqu’à dire qu’on les intègre. J’ai reconnu en Christine une petite partie de moi, et elle éclaire aujourd’hui mon cheminement, tant académique que personnel. En terminant, je vous partage une de ses précieuses réflexions : « Le processus jusqu’au doctorat, c’est aussi de développer sa confiance et travailler sur soi. » Un beau rappel sur l’importance d’oser être, dans l’imperfection. Prendre le risque d’exister.

Bref, je pense qu’il est essentiel de s’entourer de personnes auxquelles on s’identifie, qui nous comprennent, nous voient et nous permettent de nous projeter vers l’avant. J’ai envie de dire qu’au-delà des dossiers académiques, bien qu’il importe qu’ils soient soignés, osons viser grand. Depuis le début de mon parcours, j’aspire au doctorat et, à mesure que je chemine, mes cours se spécialisent et mon choix devient plus intentionnel. J’ai hâte d’être au doctorat parce que je veux être clinicienne. Cette flamme intérieure donne sens à mes efforts. Une énergie vitalisante. Elle est pour moi un rappel que ça vaut la peine de s’accrocher et de persévérer, surtout dans les moments de découragement. Un pas à la fois, parfois en avant, d’autres fois en arrière, mais toujours en mouvement, portée par la confiance profonde que je vais réussir parce que cet espoir m’habite sincèrement.

P.S. : Et à Christine, tout simplement, merci d’avoir su nourrir cette flamme.


Références

Finlay, L., et Hewitt Evans, J. (2022). The transformative experience of finding a relational home with a psychotherapist. European Journal for Qualitative Research in Psychotherapy, 12, 29-46. https://doi.org/10.24377/EJQRP.article3034


Corrigé par Geneviève Brassard, Éliane Gaulin, Marjorie Marchand Graziano, Véronika Marchenko et Daphné Secchi

Révisé par Christine Goyette et François-Xavier Michaud

Illustration originale par Marie St-Jean