Par Sara Montini
Nos journées débordent.
Des sons. Des mouvements. Des sollicitations.
Nos yeux passent d’un écran à l’autre.
Les notifications s’accumulent.
Les pensées s’enchaînent sans pause.
On avance.
On performe.
On répond.
On produit.
Et souvent, sans même s’en rendre compte, on se fatigue.
Puis, un banc de parc.
La lumière traverse les branches.
Le vent soulève doucement les feuilles.
Au loin, des enfants rient.
L’odeur du gazon fraîchement coupé flotte dans l’air.
Et sans trop savoir pourquoi, quelque chose en nous se dénoue.
Un relâchement subtil.
Comme si l’esprit retrouvait, enfin, un peu d’espace pour respirer.
Peut-être que tu connais cette sensation.
Ce relâchement, aussi simple soit-il, n’est pas anodin. Depuis plusieurs années, des psychologues s’y intéressent.
Ils tentent de comprendre pourquoi ces moments en nature, parfois très courts, peuvent nous apaiser autant.
Ce qu’ils observent, c’est que ce n’est pas « juste dans notre tête ».
Ces instants ont un effet réel, autant sur notre esprit que sur notre corps.
Autrement dit, ce que tu ressens a du sens.
Quand l’attention a besoin de repos
Dans la vie quotidienne, notre attention est constamment mise à contribution.
Se concentrer en classe.
Ignorer les distractions.
Terminer une tâche malgré la fatigue.
Cette forme d’attention, appelée attention dirigée, est précieuse, mais limitée.
À force d’être sollicitée, elle s’épuise.
La concentration devient plus difficile.
Les erreurs augmentent.
L’irritabilité peut apparaître.
Et si ce n’était pas un manque de volonté… mais un manque de pause ?
C’est ce que propose le psychologue Stephen Kaplan2.
Selon lui, certains environnements, comme la nature, fonctionnent autrement.
Ils attirent notre regard sans effort.
Le mouvement des feuilles.
Le bruit de l’eau.
Un sentier qui s’étire devant nous.
Il parle de fascination douce.
Une attention légère, spontanée, presque automatique.
Pendant qu’elle opère, notre attention dirigée, celle qu’on force toute la journée, peut enfin se reposer.
La nature ne nous demande rien.
Et c’est exactement ce qui nous répare.
Quand le corps relâche, lui aussi
Ce qui se passe ne reste pas seulement dans la tête.
Le corps aussi répond.
Sans effort.
Sans intention.
Le rythme cardiaque ralentit.
La tension diminue.
Les émotions négatives s’apaisent.
Ces effets ont notamment été décrits par le chercheur Roger Ulrich, qui s’est intéressé à la façon dont les environnements naturels influencent notre stress3.
Comme si quelque chose, en nous, reconnaissait cet environnement.
Quelque chose de familier.
De sécurisant.
Dans ces moments-là, le corps comprend qu’il peut relâcher.
Qu’il n’a pas besoin d’être en alerte.
Et ça, c’est rare.
Pas besoin d’en faire plus
On pourrait croire qu’il faut partir loin, longtemps, pour en ressentir les effets.
Mais ce n’est pas le cas.
Parfois, 20 minutes suffisent1.
Une marche sans but précis.
Un détour par un parc.
Quelques minutes assises, simplement.
Pas pour performer.
Pas pour optimiser.
Juste être là.
Une invitation douce
On pense souvent que, pour aller mieux, il faut en faire plus.
Plus d’efforts.
Plus de stratégies.
Plus de contrôle.
Et si, parfois, il suffisait de faire autrement ?
Sortir un moment.
Lever les yeux.
Laisser l’attention se déposer ailleurs.
La nature ne règle pas tout.
Mais elle offre quelque chose de rare : un espace où rien n’est exigé de nous.
Et peut-être que, dans cet espace, il devient un peu plus facile de respirer.
Références
1Hunter, M. R., Gillespie, B. W., & Chen, S. Y. (2019). Urban Nature Experiences Reduce Stress in the Context of Daily Life Based on Salivary Biomarkers. Frontiers in Psychology, 10, 722. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2019.00722
2Kaplan, S. (1995). The restorative benefits of nature: Toward an integrative framework. Journal of Environmental Psychology, 15(3), 169–182. https://doi.org/10.1016/0272-4944(95)90001-2
3Ulrich, R. S., Simons, R. F., Losito, B. D., Fiorito, E., Miles, M. A., & Zelson, M. (1991). Stress recovery during exposure to natural and urban environments. Journal of Environmental Psychology, 11(3), 201–230. https://doi.org/10.1016/S0272-4944(05)80184-7
Corrigé par Émilie Bertrand, Amélie Larrivée, Véronika Marchenko et Isaac Rodier
Révisé par François-Xavier Michaud
Illustration originale par Régina Roy Nourry
