Par Amélie Larrivée
Le cadre thérapeutique : je le considère comme cette limite sacrée qui permet à la magie d’opérer dans l’expérience bien spéciale qu’est la psychothérapie. Le cadre permet le bon fonctionnement de la thérapie, certes, mais il permet surtout l’aspect curatif que nous souhaitons mouvoir chez la personne qui vient occuper le fauteuil-client. Les cadres – oui, au pluriel – sont différents d’une approche à une autre et surtout d’un thérapeute à un autre, puisqu’après tout, notre manière d’apparaître en fait partie. Chez les humanistes, c’est la relation thérapeutique qui se trouve au centre de ce cadre.
L’instauration du cadre permet aux sujets impliqués dans l’espace thérapeutique d’explorer les limites, de jouer dans les fantaisies, d’imaginer l’inimaginable, de visiter les parties d’eux qui les effraient ou qui n’ont peut-être même jamais vu la lumière du jour et ce, en toute confiance et en toute sécurité…
On peut se dire qu’il y a probablement autant de cadres que de thérapeutes. « Qu’est-ce qui fait partie de mon cadre? »… question primordiale à se poser. Non seulement est-il important de se poser cette question en début de pratique, mais j’ai en plus la conviction que les réponses à cette question sont en constante évolution au fil du temps ; après tout, notre personnalité est notre outil de travail et s’il y a une certitude, c’est que la seule constante est le changement. De là vient l’importance de l’autoréflexivité, de se connaître en tant qu’humain en premier et d’honorer nos besoins pour se protéger, nous aussi, par ce cadre que nous dessinons. Si nous pouvons ainsi imaginer qu’il y a autant de cadres que de thérapeutes, j’ai envie d’oser dire qu’il y a autant de cadres que de suivis, que d’alliances thérapeutiques.
La relation au cœur du cadre
Le fait de mettre la relation thérapeutique au centre du cadre m’enchante énormément. Ceci peut paraître audacieux pour certaines approches, mais c’est ce qui, à mon sens, crée toute la beauté et la richesse de l’humanisme.
Cette relation unique – vraiment unique – qui se crée dans le contexte de psychothérapie en est une qui est authentique, solide dans sa vulnérabilité, intime et inhabituelle, spéciale et précise au contexte de la thérapie. Nous la souhaitons contenante, soutenante, réparatrice, riche, fertile et nourrissante. Après tout, c’est une relation de sens, de mise en sens ; un espace d’ouverture co-construit.
C’est bien connu, la qualité de l’alliance thérapeutique est le meilleur prédicteur du succès d’une psychothérapie, peu importe l’approche utilisée1. Avec cette donnée, je trouve que mettre la relation au centre du cadre prend tout son sens. En privilégiant l’alliance thérapeutique comme outil, nous aurions alors plus de chance d’adoucir les blessures relationnelles collectionnées au fil du temps ; nos blessures naissent en relation et donc guérissent en relation. Ainsi, nous pouvons viser la flexibilité du cadre, tout en le gardant solide. Le colorer, le décorer, l’ajuster, le réajuster, jouer avec, jouer dedans, l’explorer et le rendre unique pour le bien de tous et chacun ne peut qu’être bénéfique. Je crois donc qu’ajuster le cadre à la subjectivité du patient ne le rend pas trop flexible, mais en fait plutôt un outil d’intervention personnalisé et riche.
Exister dans la relation thérapeutique
En assumant, en embrassant et en enrichissant le fait que l’alliance thérapeutique est au centre de ce précieux cadre, il serait impossible de le faire sans se laisser apparaître en tant que thérapeute. Contrairement à d’autres approches, le thérapeute humaniste se place dans une posture égalitaire avec la personne qui occupe le fauteuil devant lui ; il considère son client comme expert de sa propre expérience vécue. Apparaître en tant que thérapeute, être dans une posture d’apprentissage et non de perfection et de froideur ne fait que nourrir la richesse de l’humanité et de l’unicité du cadre, sans nécessairement l’amenuiser. À mon avis, se laisser être touché et s’imprégner de l’univers du client devant nous, sans s’y noyer, ne met qu’en lumière le fait que le thérapeute est avant tout un humain ; qu’y a-t-il de mieux qu’un humain pour se montrer pleinement humain ? Après tout, chaque être est unique et complexe et c’est, à mon avis, la beauté de l’humanité. Il est important pour nous et pour moi de voir, d’honorer cette lumière bien spéciale en chacun et chacune. Pour ce faire, il faut d’abord voir et honorer cette lumière en nous-mêmes, puis la laisser briller. En se permettant d’exister de la sorte, en se montrant authentique en tant que thérapeute, le client ressentira cette vérité, puis le sentiment de sécurité d’exister pleinement à son tour dans cette bulle thérapeutique tracera doucement son chemin jusqu’à son cœur. C’est riche, exister. C’est beau. C’est vivant.
Enfin,
Le cadre existe dans toutes les approches, représente les constantes et agit de contenant pour créer cet espace thérapeutique. Nous visons un cadre bien présent pour favoriser la floraison de nos clients. Sans paramètres, sans règles du jeu, il est difficile d’explorer et ainsi, de croître. L’alliance thérapeutique, honorée dans toute son importance et centrale au cadre, agit comme un catalyseur de guérison relationnelle plutôt qu’une entrave à la solidité de ces constantes. À mon sens, la posture du thérapeute humaniste en tant qu’humain en premier, à distance de la posture d’expert (bien que sa formation théorique soit bien utilisée) favorise l’expression du client et de son authenticité, favorise la rencontre avec soi et l’existence pleine. Selon moi, cette manière d’être soutient plutôt l’empowerment du client et n’est donc pas automatiquement cause d’effritement du cadre.
Références
1Flückiger, C., Del Re, A.C., Wampold, B.E., Horvath, A.O. (2018) The alliance in adult psychotherapy: A meta- analytic synthesis. Psychotherapy 55(4), 316-340. http://dx.doi.org/10.1037/pst0000172
Corrigé par Juliette Blain, Azélie Laflamme et Véronika Marchenko
Révisé par François-Xavier Michaud
Illustration originale par Jazmine Romain
