Se sentir à la maison chez son thérapeute : la maison relationnelle comme outil thérapeutique

Par Émilie Bertrand

Plusieurs études démontrent que l’alliance thérapeutique, soit l’existence d’un lien de coopération et de confiance entre un patient et son thérapeute, est un facteur déterminant pour la réussite d’une thérapie, et ce, au-delà de l’approche ou des techniques utilisées1. Ces constats soulèvent ainsi la question du rôle de la relation thérapeutique dans l’issue de la thérapie. Plusieurs concepts ont émergé pour parler de cette relation, dont l’alliance thérapeutique2, comme mentionnée, la profondeur relationnelle (relational depth)6 et la maison relationnelle (relational home)8. Cet article traite du dernier concept, soit la maison relationnelle.

Tout d’abord, il faut mentionner que la traduction en français de relational home en maison relationnelle n’est pas parfaitement équivalente. Le terme home renvoie davantage au sentiment d’être chez soi, à l’aise, plutôt qu’à l’endroit physique (house). Cet article utilise donc le terme maison dans le sens de home, puisque le concept repose sur le vécu relationnel plutôt que sur le lieu de rencontre.

Le concept de maison relationnelle tend à définir une relation qui devient un sanctuaire, un espace où le patient se sent suffisamment en sécurité pour être lui-même, sans retenue ni jugement. Il est difficile de définir la maison relationnelle sans parler de ce qui la compose. Pour y parvenir, deux contributrices majeures aux recherches sur cette approche, Finlay et Evans, ont identifié cinq thèmes principaux qui constituent la maison relationnelle5.

Le premier à faire surface est le sentiment d’appartenance. Pour que ce sentiment émerge chez le patient, il doit être accueilli et accepté, sans jugement, sentir qu’il peut être lui-même entièrement, sans craindre d’être rejeté.

Le sentiment de sécurité est donc aussi un pilier de la maison relationnelle. En se sentant en sécurité, le patient laisse tomber ses défenses et se dévoile naturellement. La sécurité se construit à travers la prédictibilité et la familiarité. Si un thérapeute a une attitude changeante de session en session, le patient ne saura pas prédire comment le premier va réagir, et va se restreindre.

Un autre facteur mis de l’avant par Finlay et Evans5 est l’affirmation, qui apparaît lorsque le patient sent qu’il est supporté par le thérapeute, qu’il se sent compris et que son existence est signifiante. On cherche à valider ce qui se raconte, sans faire douter de ce qui a été ressenti ou vécu.

Un patient ne se permettra pas de s’ouvrir émotionnellement s’il n’a pas le sentiment que le thérapeute peut accueillir ses émotions. La contenance se construit à partir du sentiment que le thérapeute est solide, qu’on a confiance que l’autre peut recevoir tout ce qui est dit. Cela permet au patient de parler des vrais enjeux et d’avoir confiance que le thérapeute peut tolérer ce qui lui est raconté.

Le dernier aspect, l’« être avec », englobe les notions d’authenticité, de présence et d’engagement collaboratif. Il s’agit de créer un sentiment chez le patient qu’il n’est pas seul dans sa quête du bien-être. C’est l’invitation à une rencontre entre deux humains engagés dans un objectif commun, permettant au patient d’apprendre à être en relation tout en faisant un travail introspectif. Ce dernier apprend aussi qu’il peut être vulnérable et authentique avec quelqu’un qui lui renvoie ces attributs.

C’est à travers ces composantes que l’on construit la maison relationnelle, dans laquelle un patient parvient à se laisser aller, à se sentir assez en sécurité pour que les barrières tombent.

La maison relationnelle n’est pas un pont vers l’amitié ou la connivence. Il s’agit tout de même d’une relation professionnelle, asymétrique et centrée sur le patient. Par exemple, sans que l’auto-divulgation du thérapeute soit entièrement proscrite, une trop grande divulgation fait bifurquer le travail et enlève l’attention sur le patient et ses enjeux. Il faut faire preuve de parcimonie et se demander si cette divulgation a pour but d’aider le patient, ou de répondre aux besoins du thérapeute.

Bâtir la maison relationnelle prend du temps, et elle n’est pas présente dans toutes les dyades thérapeutiques. Elle n’est pas non plus essentielle à toute thérapie réussie. Elle amène toutefois son lot d’avantages et de subtilités que requièrent certains patients qui ont plus de difficultés à creuser dans leurs enjeux fondamentaux. En tentant de s’y approcher le plus possible, on donne la chance au patient de s’ouvrir de façon plus exhaustive. La pertinence d’explorer les concepts en savoir-être dans le parcours académique menant à la relation d’aide est tout aussi importante que de connaître, dans ce cas-ci, la théorie de l’attachement de Bowlby-Ainsworth3, par exemple. Le savoir-être a un fort et réel impact dans la thérapie d’un patient.

Par exemple, pour les personnes qui ne se sont jamais senties en sécurité dans une relation, la maison relationnelle permet de refaire un patron d’attachement sécurisant et de l’internaliser. On parle depuis longtemps du thérapeute comme d’une représentation de la figure d’attachement paternelle/maternelle4. C’est un peu ce qui se produit à travers la maison relationnelle. On tente de retravailler les mécanismes d’attachement précoces. En réussissant à bâtir un attachement sécurisant (parfois, pour la première fois à vie), on donne des preuves au cerveau que ce type de relation peut exister, que c’est possible de se laisser aller et d’être vulnérable avec l’autre. L’internalisation commence, et espérons-le, la dynamique se répétera dans les autres relations significatives.

Un autre exemple où la maison relationnelle est un facteur clé pour la thérapie est lors de rencontres avec des personnes ayant de lourds traumatismes. La maison relationnelle permet à ces dernières de revisiter le trauma, en ayant un certain sentiment de sécurité, qui habituellement est absent de ces moments. La contenance sert aussi d’accueil au récit chargé émotivement. Sans accompagnement adéquat, cette expérience émotionnelle, essentielle au progrès thérapeutique, serait tout simplement insoutenable et potentiellement retraumatisante, comme dirait Stolorow7.

Les relations sont au cœur de la nature humaine. Elles peuvent, à elles seules, être déterminantes sur notre bien-être. Elles peuvent nous briser, mais elles peuvent aussi nous aider à nous réparer.


Le masculin a été utilisé tout au long du texte à des fins d’allégement. Le terme « thérapeute » a été utilisé de façon à englober toutes les formes de relation d’aide.


Références

1. Bioy, A., & Bachelart, M. (2010). L’alliance thérapeutique : historique, recherches et perspectives cliniques. Perspectives Psy, 49(4), 317-326. https://doi.org/10.1051/ppsy/2010494317 

2. Bordin, E.S. (1979). The generalizability of the psychoanalytic concept of the working alliance. Psychotherapy, 16(3), 252-260. https://doi.org/10.1037/h0085885

3. Bowlby, J. (1979). The Bowlby-Ainsworth attachment theory. Behavioral and Brain Sciences, 2(4), 637-638. https://doi.org/10.1017/S0140525X00064955

4. Farber, B. A., Lippert, R. A., & Nevas, D.B. (1995). The therapist as attachment figure. Psychotherapy : Theory, Research, Practice, Training, 32(2), 204-212. https://doi.org/10.1037/0033-3204.32.2.204

5. Finlay, L., & Evans, J.H. (2022). The transformative experience of finding a relational home with a psychotherapist. European Journal for Qualitative Research in Psychotherapy, 12, 29-46. https://doi.org/10.24377/EJQRP.article3034

6. Mearns, D., & Cooper, M. (2005). Working at relational depth in counselling and psychotherapy. SAGE Publications.

7. Stolorow, R. D. (2012). The renewal of humanism in psychoanalytic therapy. Psychotherapy, 49(4), 442-444. https://doi.org/10.1037/a0027053

8. Stolorow, R. D., & Atwood, G. E. (1992). Contexts of being: The intersubjective foundations of psychological life. Analytic Press.


Corrigé par Amanda Benoît-Guilbault, Maude Button, Marie-Pierre Gervais et Véronika Marchenko

Révisé par François-Xavier Michaud

Illustration originale par Jazmine Romain