Par Jessy G. Brown
Tout le monde entend parler des intervenants, des travailleurs sociaux ou même des thérapeutes qui partent en « burnout » parce qu’ils ont besoin d’une pause. Mais une pause de quoi exactement? Du trauma des autres! Effectivement, beaucoup d’individus qui travaillent en relation d’aide finissent par être affectés par le trauma vicariant. Ce phénomène, à la fois subtil et nocif, peut passer inaperçu. On s’en rend souvent compte trop tard, lorsque les histoires des autres commencent à tourner en boucle dans notre tête, même en pleine nuit. Sans crier gare, le trauma vicariant peut mener à une fatigue émotionnelle intense, et même à une perte de motivation à aider nos clients. Bref, un vrai fardeau psychologique pour les gens qui cherchent uniquement à offrir du soutien et du réconfort à ceux qui en ont besoin. Alors, comment peut-on repérer les signes du trauma vicariant? Et surtout, comment pouvons-nous le prévenir?
Pour commencer, le trauma vicariant dans un contexte de relation d’aide réfère à une exposition traumatique indirecte lorsqu’on prend sur soi le trauma de notre clientèle, souvent de manière répétée et prolongée1,2. À force d’écouter des récits difficiles et d’accompagner des personnes en détresse, les intervenants peuvent finir par en absorber un peu trop, particulièrement s’ils manquent d’outils ou de ressources de soutien. C’est comme écouter trop de documentaires sur les tueurs en série et ensuite commencer à être suspicieux de tout le monde qu’on croise. Cette longue exposition lorsqu’on travaille en relation d’aide peut amener une fatigue mentale importante et différents symptômes physiques, cognitifs et émotionnels1. Par exemple, on peut avoir des pensées intrusives, de la fatigue excessive, des cauchemars, de l’hypervigilance et des émotions négatives liées aux histoires traumatiques qu’on a écoutées toute la journée2.
Le trauma vicariant vient par la suite affecter de façon importante la santé de l’intervenant. Il peut avoir des impacts sur sa santé mentale et physique, tels que de l’anxiété, une baisse de l’estime de soi, de l’insomnie, ou encore un sentiment d’impuissance1. On peut aussi observer des conséquences sur la vie personnelle et professionnelle des intervenants, telles qu’une baisse de leur motivation au travail, une perte de plaisir, une remise en question existentielle, des comportements autodestructeurs, une surprotection des proches et une perte de buts lorsque l’intervenant ne reçoit pas les services dont il a besoin1,2. Bref, le trauma vicariant vient vraiment affecter les différentes sphères de vie!
Il existe différentes pistes de solutions pour tenter de prévenir le trauma vicariant. D’abord, il est primordial de prendre soin de soi2. Que ce soit en prenant un bon bain relaxant, ou en écoutant sa série télé préférée le soir, il est essentiel de garder des moments où l’on déconnecte complètement du travail. Ces moments permettent de reprendre son souffle et de recharger ses batteries pour pouvoir mieux soutenir nos patients par la suite. Aussi, il faut essayer de créer des conditions de travail qui soutiennent la santé psychologique2. Par exemple, on peut varier les tâches, éviter d’avoir une surcharge de cas ou de patients si possible, ainsi que tenter d’avoir des rencontres de supervision ou de debriefing. Ces conditions permettent de garder un certain équilibre et aident à prévenir l’épuisement. Également, apprendre à mettre ses limites, surtout en dehors du travail, peut aider à prévenir le trauma vicariant2. En effet, après avoir passé la journée à écouter des histoires bouleversantes, parfois la dernière chose qu’on veut, c’est d’entendre son ami parler de ses problèmes. C’est pourquoi il faut savoir établir ses limites et s’assurer de sortir de son rôle d’aidant lorsqu’on sort du travail. Cette stratégie permet d’éviter une charge mentale et émotionnelle supplémentaire. Enfin, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide si on commence à se sentir surchargé par le trauma d’autrui.
Pour conclure, il est important de parler du trauma vicariant, que ce soit aux psychologues, aux travailleurs sociaux, aux bénévoles dans les lignes d’écoute ou même aux étudiants, afin de tenter de prévenir ce fléau et préserver le bien-être des travailleurs.
Références
1. Brillon, P. (2013). Fatigue de compassion et trauma vicariant. Quand la souffrance de nos patients nous bouleverse. Psychologie Québec, 30(3), 30-35.
2. Lamont-Roy, C. (12 février 2025). SEX-3002 Violence interpersonnelle en contexte de relations intimes chez les adolescents cours 6. [notes de cours]. Département de sexologie, Université du Québec à Montréal. Moodle. Https://moodle.uqam.ca
Corrigé par Jade Léveillé et Alexandre Pilon
Révisé par Alexandra Lord-Proulx
Illustration originale par Fanny Chenail
