Par Alexandra Lord-Proulx
Avez-vous entendu la controverse de mars 2023? Le Centre Intégré de Santé et de Services Sociaux (CIUSS) de Laval a interdit l’utilisation des réseaux sociaux comme TikTok à tous les travailleurs de la santé.
Ceci à fait polémique, car plusieurs professionnels de la santé utilisent ces plateformes pour informer le grand public. Dans une ère où la désinformation est à son comble, ils offrent de l’information fiable, nuancée et scientifique. Ceci permet aux utilisateurs d’accéder à des renseignements de qualité.
Aujourd’hui, le CIUSSS de Laval a levé cette interdiction d’utiliser les médias sociaux.
Selon un article de l’Université de Laval, voici des données sur l’utilisation des réseaux sociaux :

De plus, plusieurs rapports montrent que la niche « bien-être et fitness » est l’une des plus populaires sur toutes les plateformes. Cela n’est pas étonnant, car tout le monde cherche à se sentir mieux et à optimiser son quotidien. Par exemple, le mot-clic #mentalhealth (santé mentale) cumule près de 42,6 milliards de visionnements sur TikTok (Landry, 2022)3 et 58,5 millions de publications sur Instagram (Instagram, 2010)2. On peut rapidement voir l’intérêt massif du public pour le contenu lié à la santé mentale.
Bien que nous ayons souvent critiqué les réseaux sociaux, il est désormais difficile de les ignorer complètement. Ces plateformes sont devenues incontournables, et pour les psychologues, elles offrent une occasion unique de toucher un large public. Alors, quels sont les points positifs et les points négatifs de la présence des psychologues sur ces plateformes ? Analysons cela ensemble !

Les risques majeurs
Un des dangers les plus préoccupants est celui de l’autodiagnostic. En exposant des descriptions simplifiées de troubles, les réseaux sociaux peuvent inciter des utilisateurs à se diagnostiquer eux-mêmes. Ce phénomène peut détourner les individus des soins appropriés ou les pousser à adhérer à des diagnostics erronés (Psycom, 2023)4.
En ce qui concerne l’éthique professionnelle, les utilisateurs peuvent tenter d’utiliser la présence médiatique des psychologues pour avoir des conseils et des consultations. Ils peuvent confondre un compte éducatif avec un espace de consultation. Prenons l’exemple de la créatrice québécoise « Dose de psy ». Dans une entrevue, elle mentionne que plusieurs internautes ont tenté d’obtenir des réponses ou des consultations via sa messagerie privée (Landry, 2022)3. Cette interaction montre bien les attentes irréalistes que peut générer une telle présence publique.
Les pistes à suivre pour être sur les réseaux
Au vu de ces risques, il serait utopique de demander aux psychologues de quitter ces plateformes, alors qu’au contraire, ils ont un rôle clé à jouer dans la correction des idées fausses et la sensibilisation du public.
L’American Psychological Association (APA) a même créé un guide spécifique pour aider les psychologues à utiliser les réseaux sociaux de manière éthique et professionnelle. Ce guide souligne l’importance de définir des limites claires, d’éviter de répondre à des demandes de consultation dans les commentaires ou dans les messages privés, et de toujours rappeler que le contenu partagé ne remplace pas une thérapie.
Cela permet de guider les psychologues tout en renforçant leur présence en ligne de manière responsable. L’APA encourage également à faire preuve de transparence et à signaler les dangers liés à l’autodiagnostic, en incitant les abonnés à consulter un professionnel lorsqu’ils font face à des préoccupations quant à leur santé mentale (APA, 2021)1.
En bref, la présence des psychologues sur les réseaux sociaux est une arme à double tranchant. Bien utilisée, elle permet de démocratiser l’accès à l’information et de réduire la stigmatisation des troubles de santé mentale. Mais mal encadrée, elle amplifie les risques d’autodiagnostic et de malentendus.
Alors, les psychologues doivent-ils être sur les réseaux sociaux ? Oui, mais avec prudence, transparence et encadrement.
Références
1. American Psychological Association, APA Committee on Professional Practice and Standards. (2021). Guidelines for the Optimal Use of Social Media in Professional Psychological Practice. https://www.apa.org/about/policy/guidelines-optimal-use-social-media.pdf
2. Instagram. (2010). https://www.instagram.com/. Consulté le 2 décembre 2024.
3. Landry, A. (2022, 18 août). Les risques de s’autodiagnostiquer un trouble de santé mentale avec les réseaux sociaux. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/4500/autodiagnostic-reseaux-sociaux-sante-mentale
4. S’autodiagnostiquer sur internet, pour le pire et aussi pour le meilleur. (2023, 3 avril). Psycom. https://www.psycom.org/actualites/revue-de-presse/sautodiagnostiquer-sur-internet-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire/
5. Vézina, C. (2023, 7 juin). Les Québécois font de plus en plus confiance aux médias sociaux comme source d’information. ULaval Nouvelles. https://nouvelles.ulaval.ca/2023/06/07/les-quebecois-font-de-plus-en-plus-confiance-aux-medias-sociaux-comme-source-dinformation-a:397cfa3b-e493-4547-8e50-49946393fd00
Corrigé par Zeinab Makky, Rosalee Bonneau Harvey et Véronika Marchenko
Révisé par Pénélope Caron
Illustration originale par Regina Roynourry
