Par Ariane Chouinard
Article de vulgarisation scientifique
Je remercie pour son temps et son dévouement le professeur Dave Saint-Amour d’avoir participé à l’entrevue qui a permis la rédaction de cet article
La neurotoxicité développementale est un domaine de recherche important qui s’intéresse à l’impact des substances toxiques sur le développement neurologique des enfants et des adolescents. Les travaux de Dave Saint-Amour, professeur de l’UQAM et chercheur sur ce sujet, mettent en lumière l’importance de cette question, notamment en ce qui concerne les effets des médicaments et des contaminants environnementaux.
Les médicaments et leurs effets toxiques
Au début de sa carrière, le professeur Saint-Amour a étudié des cas d’épilepsie sévère chez les enfants, soulignant l’importance de contrôler cette maladie pour éviter des impacts dévastateurs sur le développement cognitif et émotionnel. Les médicaments utilisés pour traiter l’épilepsie, comme le vigabatrin, peuvent aider à réduire les crises, mais ils comportent aussi des risques de neurotoxicité. En utilisant l’électroencéphalographie, le professeur Saint-Amour a pu évaluer objectivement les effets de ces traitements sur les fonctions visuelles et cognitives des enfants.
Les contaminants environnementaux
La recherche s’est ensuite élargie à l’étude des contaminants environnementaux tels que le mercure, le plomb et les pesticides, qui peuvent affecter la population générale. Le professeur travaille avec des cohortes d’enfants dans différentes régions, comme le nord du Québec et la Guadeloupe, pour analyser l’impact de l’exposition à ces substances sur le développement cognitif.
Les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables à ces expositions, car leur cerveau est en pleine maturation. Des études montrent que même des niveaux faibles de contaminants peuvent avoir des effets néfastes sur leur santé cognitive. La barrière hémato-encéphalique, qui protège le cerveau des toxines, est moins développée chez les jeunes enfants, ce qui augmente leur exposition interne aux substances nocives.
Facteurs de risque et prévention
Le professeur souligne que la vulnérabilité des enfants est exacerbée par plusieurs facteurs, y compris leur environnement socio-économique. Les enfants vivant dans des quartiers défavorisés sont souvent plus exposés aux contaminants, notamment en raison de l’infrastructure vieillissante des canalisations d’eau en plomb et d’une alimentation moins équilibrée. Ces conditions peuvent aggraver les effets néfastes des expositions environnementales.
Le professeur Saint-Amour recommande parmi des mesures simples qui existent pour prévenir les expositions, de laver les fruits et légumes avant de les consommer, pour réduire l’exposition aux pesticides. Pendant la grossesse, il est important d’éviter certains poissons à forte teneur en mercure, comme le thon, tout en continuant à consommer des aliments bénéfiques comme les sardines, riches en oméga-3.
La période critique : la grossesse
Il est reconnu que la période fœtale est la plus sensible en termes d’exposition aux neurotoxines. Même de petites altérations durant cette phase peuvent avoir des conséquences à long terme sur le développement neurologique. Les femmes enceintes doivent donc être particulièrement vigilantes quant à leur alimentation et à leur environnement.
Conclusion
La neurotoxicité développementale soulève des questions importantes pour la santé publique et la protection des enfants. À l’aide de recherches rigoureuses sur le sujet, nous pouvons mieux comprendre comment les expositions aux substances toxiques influencent le développement neurologique des enfants et identifier des stratégies de prévention. Notons qu’une prise de conscience collective et des actions ciblées restent essentielles pour protéger les générations futures et garantir un développement sain et optimal de la population.

Le professeur Dave Saint-Amour enseigne à l’UQAM depuis 2009 et dirige le Centre de neurosciences cognitives (NeuroQAM), qu’il a cofondé en 2012. Titulaire d’un baccalauréat en psychologie de l’UQAM, il a enrichi sa formation lors d’un échange à Marseille. Il a ensuite complété une maîtrise et un doctorat à l’Université de Montréal, suivis d’un postdoctorat à New York en électrophysiologie.
Ses recherches se concentrent sur la neurotoxicité développementale, notamment l’impact de l’exposition aux contaminants environnementaux tels que le mercure et les pesticides sur le développement cognitif des enfants. Il utilise des techniques avancées, comme l’électroencéphalographie et l’imagerie par résonance magnétique, pour explorer ces questions.
Révisé par Florence Grenier
Illustration originale par Ariane Chouinard
