Par Alexandra Lord-Proulx
Ted Bundy, Jeffrey Dahmer, John Wayne Gracy, Jack the ripper…
Nous avons entendu ces noms à la télévision, dans des livres et sur YouTube. Ce sont des tueurs en série très connus. Au-delà des histoires à glacer le sang, diverses théories tentent de catégoriser les différents tueurs en série. Ceci permet de mieux cibler la recherche des suspects potentiels. Ceci permet de diminuer le climat de peur de la population en assurant que les coupables soient arrêtés. La théorie la plus connue est celle du FBI (Serial Murder: Pathways for investigations, 2018). La méthode utilisée est d’élaborer un profil psychologique à partir de la scène de crime. Cette technique à un taux de réussite de 77%. Les enquêteurs vont évaluer les comportements des tueurs avant, pendant et après le crime. Ils vont prendre en compte la victime, la scène de crime, les différents trajets que le tueur a pu prendre après le meurtre, etc. Une autre théorie qui prend de plus en plus de place est la perspective féministe. En effet, les femmes et les personnes oppressées par la société sont les principales victimes. Exclues du pouvoir social, ces personnes ont généralement moins de ressources. D’un autre côté, les hommes représentent 90% des tueurs en série (Duchemin, 1998).
Théorie du FBI
| CATÉGORIES | CARACTÉRISTIQUES |
Les tueurs organisés | – Investi dans la communauté et respecté par celle-ci On peut penser à des criminels comme John Wayne Gracy (le tueur qui se déguisait en clown) et Ted Bundy (celui qui était impliqué dans un parti politique). – QI égal ou au-dessus de la moyenne. – Vie familiale stable. – Les crimes sont prémédités et les victimes ont des caractéristiques spécifiques. – La scène de crime est très soignée, les indices se font rares. – Tendance à retourner sur les lieux du meurtre et à participer activement à l’enquête policière. |
| Les tueurs désorganisés(Opposé et sont moins fréquents que les tueurs organisés) | – QI en dessous de la moyenne. – Pas ou presque pas de vie sexuelle et vit seul – Sa vie n’est pas stable – Il commet ses crimes de manière spontanée. Les victimes sont choisies au hasard. – Il possède rarement une voiture. – Il consomme de la drogue et de l’alcool. – Le père était absent et la discipline familiale était très rigide. – Souvent des traces d’agression post-mortem. – La scène de crime contient beaucoup d’indices. |
| Les tueurs mixtes (Mélange les 2 types précédents) | On peut prendre le cas connu de Jeffrey Dahmer pour le représenter. Organisé – Il choisissait avec minutie ses victimes. – Ses crimes étaient prémédités. Désorganisé – Présence de traces d’agression sexuelle post-mortem. – Il démembrait ses victimes. |
Les théories féministes
En effet, les victimes sont la majorité du temps des femmes. Selon Caputi, le meurtre en série s’agit d’un résultat de la culture misogyne qui soutient la suprématie masculine. C’est la plus grande violence que l’on peut faire envers les femmes. C’est un meurtre qui constitue un crime de pouvoir et de domination (Caputi, 1989).
Les femmes font partie intégrante du phénomène sériel des meurtres. D’une part en étant les principales victimes, et de l’autre, par le portrait de la mère présenté dans les médias. Dans l’espace médiatique, on met l’accent sur la responsabilité de la mère dans le passage à l’acte de leur fils (Duchemin, 1998). On les dépeint comme étant froides, abusives, dominatrices, etc. Cela normalise la tournure des évènements puisque la mère n’a pas su être une « bonne mère ».
Mary Lorenz Dietz avance l’idée que les médias glorifient les tueurs en série : on assisterait à une surmédiatisation et serions surexposés aux tueurs dans les médias. Le public est fasciné par ce genre de nouvelles et les médias exploitent le sujet. Dietz critique la théorie du FBI entre autres puisqu’elle affirme que catégoriser des tueurs en série est de les mettre dans une classe à part, ce qui les rend « spéciaux ». Pour y remédier, elle propose une classification basée sur leur degré de criminalité plutôt que sur leurs caractéristiques. Parmi tous les types de criminels, ce sont les meurtriers en série qui se méritent un niveau de vedettariat exponentiel. Ils ont des documentaires, des films, des livres… Les auteurs de meurtres bénéficient du retentissement médiatique de leur histoire. Le public contribue à leur donner l’identité de tueur en série. Il n’est pas rare de voir des criminels de ce genre collectionner les articles à leur sujet. Le désir d’atteindre le statut de célébrité peut constituer une motivation dans le passage à l’acte. Aussi, ils peuvent vouloir terroriser la communauté. Bref, Mary Lorenz Dietz (1986) propose de diminuer la transmission d’informations personnelles sur les tueurs en série.
Il n’est pas important pour le public de savoir que Ted Bundy était beau et intelligent. Cela met dans l’ombre les véritables victimes. Soyons intéressés dans le respect et en gardant en tête que ces histoires sont réelles. Ces personnes ont commis des actes horribles et ne méritent pas autant d’attention dans les médias.
Références
Caputi, J. (1989). The Sexual Politics of Murder, Vol. 3(No. 4), 437‑456.
Dietz, P. E. (1986). Mass, serial and sensational homicides. Bulletin of the New York Academy of Medecine, 62(5), 477–491.
Duchemin, M. (1998). Analyse critique de la théorie du FBI sur les tueurs en série [Université d’Ottawa].
Serial Murder: Pathways for investigations. (2018, 10 septembre). Federal Bureau of Investigation. https://www.fbi.gov/file-repository/serialmurder-pathwaysforinvestigations-1.pdf/view
Corrigé par Anne Martel, Émilie Pauzé et Charlene Allaire
Révisé par Florence Grenier
Illustration originale par Denitsa Marinova
