Par Jessy Brown
Avez-vous remarqué que notre humeur a tendance à s’améliorer avec l’arrivée du printemps? Effectivement, lorsque le mois de mars pointe son nez, on peut remarquer qu’on ressent tous une petite joie de vivre supplémentaire quand le soleil a encore sa place dans le ciel lorsque sonne 17h. C’est tout simplement parce que le soleil commence à se coucher plus tard et que les journées s’allongent. Cette amélioration de l’humeur, qui accompagne l’arrivée du printemps, est due principalement aux changements dans notre rythme circadien, puisque le cycle de lumière et d’obscurité exerce une grande influence sur l’activité de nos différents systèmes physiologiques (Bear & al. 2016). En effet, les facteurs environnementaux, comme le cycle lumière-noirceur ainsi que la diminution de la température en hiver, viennent agir sur notre propre rythme d’activité dans la journée et ont des répercussions importantes sur notre niveau d’énergie quotidien et notre humeur. Ces constats nous amènent aux troubles de l’humeur qu’on retrouve durant l’hiver et qui sont engendrés par la diminution de la lumière du jour (Amirault, 2020). Lorsque l’hiver commence à faire son apparition, les troubles affectifs saisonniers sortent la tête. Peut-être avez-vous remarqué qu’on a tendance à être plus fatigué et léthargique durant les mois hivernaux et que notre intérêt et notre motivation diminuent… C’est ce qu’on appelle le « blues de l’hiver », qui est assez répandu. Toutefois, certaines personnes vivent ces symptômes de façon très prononcée, au point de vivre une grande détresse psychologique. Elles souffrent alors d’un trouble de l’humeur qu’on dit saisonnier et représentent environ 2 à 3% de la population canadienne (Amirault, 2020). Selon le DSM-5, il est possible de souffrir d’un trouble bipolaire ou d’un trouble dépressif avec un caractère saisonnier, ce qui signifie que les symptômes ne surviennent que durant les mois hivernaux et disparaissent une fois que le printemps arrive (APA, 2013). Un peu comme une horloge annuelle, le même schéma tend à se répéter année après année. Par le fait même, pour avoir un diagnostic de trouble dépressif ou bipolaire avec un caractère saisonnier, il doit y avoir pendant 2 années consécutives une manifestation d’épisodes pathologiques lors d’une saison en particulier.
Heureusement, plusieurs traitements pour ces troubles affectifs saisonniers sont apparus et ont évolué au cours des dernières décennies. La méthode de traitement la plus recommandée de nos jours est la luminothérapie (Rachid & al., 2003), qui consiste à utiliser une lumière artificielle pour reproduire l’effet de la lumière du soleil sur notre physiologie, et plus particulièrement, notre cycle circadien. Ce traitement consiste à s’exposer quotidiennement à un appareil projetant une lumière blanche avec une intensité lumineuse significative durant 30 à 45 minutes (Rachid & al., 2003). Il est recommandé de s’y exposer le matin dès le lever ou bien le soir, une fois le soleil couché, afin de compenser le raccourcissement des journées. Cette luminosité supplémentaire permettrait au rythme circadien de se réajuster et de fonctionner un peu plus comme il le fait en été (Götz, 2020). Par conséquent, il y aurait aussi un ajustement sur plusieurs de nos systèmes, dont une diminution de la production de mélatonine responsable de la fatigue et une augmentation de la production de sérotonine responsable de la bonne humeur (Götz, 2020). On peut voir apparaître chez les patients une amélioration des symptômes après seulement quelques semaines de luminothérapie (Rachid & al., 2003 ; Pjrek, E., 2019)!
En conclusion, bien que les troubles affectifs saisonniers soient difficiles à éviter étant donné les nombreux mois d’hiver et bien qu’ils puissent être très nuisibles sur la santé psychologique, plusieurs traitements, tel que la luminothérapie, semblent aider à diminuer les symptômes de façon significative.
Références
American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425596
Amirault. (2020). Série « La psychologie peut vous aider » : Le trouble affectif saisonnier (dépression saisonnière). Société canadienne de psychologie. https://cpa.ca/fr/psychology-works-fact-sheet-seasonal-affective-disorder-depression-with-seasonal-pattern/
Bear, M. F., Connors, B. W., Connors, B. W., Paradiso, M. A., Paradiso, M. A., & Nieoullon, A. (2016). Neurosciences : à la découverte du cerveau (A. Nieoullon, Trans.; 4e édition). Editions Pradel, John Libbey Eurotext.
Götz, J. (2020). Seasonal Affective Disorder and Light Therapy : Using Human-Centered Design to Treat Winter Depression. Springer Wiesbaden. https://doiorg.proxy.bibliotheques.uqam.ca/10.1007/978-3-658-28827-3
Pjrek, E. (2019). The Efficacy of Light Therapy in the Treatment of Seasonal Affective Disorder: A Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Psychotherapy and Psychosomatics, 89(1), p. 17-24. doi: 10.1159/000502891Rachid, F., Aubry, J., Bondolfi, G. (2003), Luminothérapie et troubles affectifs saisonniers dans la pratique Clinique, Med Hyg, 61, no. 2450, 1756–1759. https://www.revmed.ch/view/808549/6444286/RMS_2450_1756.pdf
Corrigé par Anne Martel, Émilie Pauzé et Charlene Allaire
Révisé par Ariane Chouinard
Illustration originale par Laurie-Anne Vidori
