Par Lili Choquette-Vézina
Nombreux sont les gens qui affirment réellement ressentir une connexion avec leur compagnon animal, et ce, encore plus depuis la pandémie. Certaines études suggèrent les bienfaits de la présence d’un animal de compagnie dans notre vie, et les avantages sur notre santé mentale et physique semblent multiples selon ces publications : diminution de l’anxiété, augmentation de l’estime de soi, chute de la pression artérielle, et j’en passe1. Cette relation, bien que non miraculeuse, semble pouvoir nous apporter un réconfort accessible malgré tout le travail qui vient avec. Cet intérêt pour le lien thérapeutique avec les animaux ne date pas d’hier: nous n’avons qu’à penser à la York Retreat en Angleterre, qui, durant le 18e siècle, permettait à ses patients de s’occuper d’animaux, ou encore, dans les années 1960, aux recherches novatrices de Boris Levinson, considéré comme le père de la zoothérapie2. Ce pédopsychiatre a, entre autres, accidentellement découvert les bienfaits sociaux que le contact humain-animal pouvait amener chez les enfants atteints d’un TSA. Même ici, à l’UQÀM, en 2024, la relation entre les humains et les animaux en passionne plus d’un, notamment Catherine Amiot, ph.D, qui travaille au département de psychologie sociale. Celle-ci se penche entre autres sur les bienfaits sociaux liés au fait d’avoir un animal de compagnie, qui ne sont pas moindres. Effectivement, les propriétaires d’animaux de compagnie seraient, selon son étude publiée en 2023 dans la revue Scientific Reports, plus enclins à avoir une attitude positive non seulement envers les autres animaux (par exemple, les animaux sauvages), mais même envers les groupes sociaux auxquels ils n’appartiennent pas (par exemple, une autre culture ou une autre religion) et envers l’environnement3.
Et en psychologie appliquée?
En psychopathologie, ces bienfaits peuvent être tout aussi présents; l’Institut Universitaire en Santé Mentale de Montréal (IUSMM) l’a bien compris. En effet, depuis 1995, l’Institut offre à ses patients des services de gardiennage d’animaux et de zoo-animation, qui consiste en un contact avec un animal dans un but thérapeutique et récréatif. Tout a commencé lorsque Richard Lauzière, l’ancien directeur du Comité hospitalier des animaux thérapeutiques, a vu le nombre de patients qui renonçaient à se faire traiter à l’Institut pour ne pas abandonner leur animal de compagnie. Il a alors décidé de créer un service de gardiennage pour les animaux des patients, appelé une Chatterie, qui permettait aux usagers d’aller chercher les soins nécessaires et d’avoir accès à du répit, tout en pouvant aisément visiter leurs animaux et les savoir en sécurité. En effet, pour seulement 1,00$ par jour (avant la covid), ceux-ci étaient logés, nourris et câlinés. Ce service ingénieux a perduré de longues années, jusqu’à la pandémie. Cependant, la responsable des bénévoles de l’IUSMM, Céline Béland, est optimiste concernant la remise sur pied de ce service prochainement. Selon elle, ce retour sera grandement apprécié, tant par les patients que par les intervenants : « encore hier matin, j’ai eu une demande [de réouverture] parce qu’une usagère ne veut pas venir se faire traiter parce qu’elle n’a pas de réseau social qui veut s’occuper de son animal. »
Heureusement, les usagers de l’Institut ont pu recommencer en septembre 2022 à profiter des bienfaits de la zoo-animation grâce à l’Animalerie, une organisation connexe à la Chatterie qui permet aux patients (accompagnés ou non, dépendamment de leur état), visiteurs et intervenants de l’IUSMM de passer du temps avec des animaux. Plus précisément, l’Animalerie, ouverte du lundi au mercredi de 13h30 à 15h00 et le jeudi de 10h00 à 11h30, est un local où tous peuvent flatter, nourrir, brosser ou simplement passer du temps avec des petits animaux. Actuellement, l’équipe poilue de l’Animalerie comprend trois lapins, deux cochons d’Inde et Louise, le Cockatiel. La plupart de ces derniers proviennent de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, à Saint-Hyacinthe, qui s’occupe d’ailleurs également des soins de santé et des rendez-vous préventifs des animaux.
Les bénévoles, le fondement de l’Animalerie
En plus des rongeurs et oiseaux, plus de 60 bénévoles travaillent chaque année à l’Animalerie, 7 jours sur 7, afin d’assurer l’entretien et le bien-être des animaux. Même durant la pandémie, ces derniers continuaient de se présenter, masqués, afin de nourrir les animaux et de s’assurer qu’ils ne perdent pas contact avec les humains. Selon Madame Béland, sans ces bénévoles et les dons faits à la fondation de l’IUSMM, l’Animalerie ne pourrait exister. Ce serait donc de priver l’accès à ses multiples usagers, dont le nombre atteignait les 1800 en 2019. D’ailleurs, afin d’accueillir plus d’usagers, Mme Béland mentionne que l’équipe chargée du projet offre également, selon la demande, de la zoothérapie à l’Animalerie, qui diffère de la zoo-animation par sa nature clinique. La zoothérapie cible une problématique particulière propre à chaque patient et nécessite d’être menée par un intervenant formé (ergothérapeute, psychothérapeute, etc.).
Des bienfaits à ne pas négligerFinalement, en ce qui concerne les bénéfices vécus par les usagers qui utilisent le service de l’Animalerie, Mme Béland, qui peut les voir chaque jour, les résume très bien : « Rendre accessible, par l’animalerie, la présence de petits animaux pour la clientèle est souvent un ajout positif dans leur journée; un moment agréable, de paix, de calme, de réconfort et de plaisir. » Quant à l’hébergement des animaux des usagers hospitalisés, les bienfaits sont également présents: « La présence de leur animal de compagnie à l’Institut a un impact qui influence positivement leur rétablissement, et met aussi moins de pression sur leurs proches. » De plus, ces moments de tranquillité en présence des animaux permettent également aux employés d’avoir accès à un moment de répit dans leurs journées chargées. Les bénévoles peuvent aussi profiter de l’Animalerie, ce qui peut alléger leur esprit durant leurs heures de bénévolat, qui peuvent être demandantes autant physiquement que mentalement. En conclusion, les résultats encourageants observés, ainsi que les recherches accomplies dans ce champ d’étude dévoilent une voie prometteuse vers le bien-être, démontrant une fois de plus le lien tangible entre les humains et les animaux.
Références
(1) Dufresne, L. (2021, 1er février). Chronique santé : les bienfaits des animaux de compagnie dans nos vies [chronique radiophonique]. Dans Vivement le retour. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/vivement-le-retour/segments/entrevue/341646/chiens-sante-mentale-pandemie-sante-physique#:~:text=Chez%20les%20adultes%2C%20l’animal,l’%C3%A9tat%20physiologique%20des%20gens.
(2) Lavallée, M. (2021, 13 juin). The wonderful world of pet therapy. Zanimo Inc. https://zanimo.com/en/experts/the-wonderful-world-of-pet-therapy-n15
(3) Amiot, C.E., Gagné, C. & Bastian, B. (2023). Exploring the role of our contacts with pets in broadening concerns for animals, nature, and fellow humans: a representative study. Scientific Reports, 13, article 17079. https://doi.org/10.1038/s41598-023-43680-z
Corrigé par Anne Martel, Émilie Pauzé et Charlene Allaire
Révisé par Ariane Chouinard
Illustration originale par Laurie-Anne Vidori
