Un texte réflexif
Par Ryan Derfoul
On a tout.e.s vécu ce moment où, pendant une fraction de seconde, on oublie tout de notre environnement, absorbé par une pensée ou une émotion. Puis, comme par magie, on revient à la réalité, conscient de tout ce qui nous entoure. Ce phénomène énigmatique est au cœur de notre existence : la conscience. Mais qu’est-ce que c’est réellement ? Comment fonctionne-t-elle ?
La conscience, selon le dictionnaire Larousse (2023), est « la connaissance, intuitive ou réflexive immédiate, que chacun a de son existence et de celle du monde extérieur ». Autrement dit, c’est ce sentiment intime et universel qui nous permet de vivre, de ressentir et de percevoir le monde autour de nous. Elle est à la fois le plus grand mystère de l’humanité et sa caractéristique la plus essentielle. Elle est présente dans chaque sourire échangé, chaque rire partagé, et même dans chaque larme versée.
La conscience humaine, un mystère qui a fasciné la pensée depuis l’Antiquité, est au cœur de recherches scientifiques et philosophiques approfondies. Parmi les modèles contemporains les plus intrigants, on trouve la théorie de l’information intégrée, conçue par le neuroscientifique Giulio Tononi en 2004. Cette théorie suggère que la conscience émerge non pas de simples activités cérébrales, mais de la façon dont l’information est unifiée et traitée de manière complexe au sein du système nerveux. Tononi (2004) avance que chaque expérience consciente est caractérisée par un ensemble riche et diversifié de connexions informationnelles qui, dans leur globalité, constituent ce que nous appelons l’expérience consciente.
Qu’est-ce que la théorie de l’information intégrée ?
Imaginez un immense puzzle. Chaque pièce représente une information. Plus vous pouvez assembler de pièces, plus l’image devient claire. Selon la théorie de l’information intégrée, la conscience est un peu comme ce puzzle. Plus un être ou un système peut assembler et intégrer d’informations, plus sa conscience est profonde.
Cette théorie est basée sur deux concepts principaux :
Quantité de Conscience : Cela se rapporte au nombre de pièces du puzzle que vous pouvez assembler à la fois. Plus vous pouvez assembler de pièces, plus l’image (ou la conscience) sera claire et détaillée.
Qualité de l’Expérience : Cela concerne la façon dont les pièces s’emboîtent entre elles. Deux personnes peuvent assembler le même nombre de pièces, mais la manière dont elles s’agencent peut varier, conduisant à deux images ou expériences différentes.
Pour illustrer cela, prenons deux exemples simples.
- La lumière d’une montre versus l’expérience humaine
Imaginez une petite lumière sur une montre qui s’allume la nuit et s’éteint le jour. Cette lumière « sait » s’il fait jour ou nuit, mais c’est tout. C’est comme un interrupteur on/off. Elle fonctionne selon un principe de « tout ou rien ».
En revanche, quand nous regardons le ciel, nous ne détectons pas seulement la lumière ou l’obscurité. Nous percevons les nuances du ciel, la douceur d’un crépuscule ou l’intensité d’un midi ensoleillé. Nous ressentons la chaleur du soleil ou la fraîcheur d’une brise nocturne. Notre conscience, en assemblant toutes ces informations, crée une expérience riche et multidimensionnelle difficile à décrire si l’on n’est pas le système qui le vit.
- L’appareil photo du téléphone versus l’expérience humaine
Prenez l’appareil photo de votre smartphone. Il peut capturer une scène avec une précision incroyable. Pourtant, lorsqu’il « voit » une scène, il ne ressent rien. Il ne se souvient pas de la dernière fois qu’il a vu un coucher de soleil similaire ou du sentiment qu’il éprouvait à ce moment-là.
Nous, en revanche, avons une expérience bien plus riche. En regardant une photo, nous pouvons nous souvenir d’un souvenir associé, ressentir une émotion ou même être transportés dans un moment passé. Notre conscience prend toutes ces informations, les assemble et crée une expérience unique. Il serait difficile de décrire la sensation, car celle-ci est ancrée dans une subjectivité épistémique.
Implications de la théorie
Si la conscience est vraiment une question d’assemblage d’informations, cela pourrait avoir des implications profondes. Cela signifie-t-il que tout système capable d’intégrer suffisamment d’informations possède une forme de conscience ?
Cela pourrait signifier que non seulement les humains et les animaux, mais aussi certains systèmes artificiels avancés pourraient avoir une forme de conscience. Bien sûr, cela soulève de nombreuses questions éthiques et philosophiques sur la manière dont nous traitons ces systèmes.
En conclusion
La théorie de l’information intégrée offre une perspective fascinante sur l’un des plus grands mystères de l’existence. Bien que nous soyons encore loin de comprendre pleinement la conscience, chaque nouvelle découverte nous rapproche un peu plus de la réponse à cette question éternelle : qu’est-ce que cela signifie vraiment d’être conscient ?
Peut-être qu’avec le temps, à mesure que nous continuons à explorer et à comprendre, nous pourrons un jour assembler toutes les pièces du puzzle et enfin voir l’image complète de la conscience dans toute sa splendeur.
Références
« Consciousness as Integrated Information: a Provisional Manifesto | The Biological Bulletin: Vol 215, No 3 ». Consulté le 26 octobre 2023. https://www.journals.uchicago.edu/doi/10.2307/25470707#_i2.
Larousse, Éditions. « Définitions : conscience – Dictionnaire de français Larousse ». Consulté le 28 octobre 2023. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/conscience/18331.
La Théorie de l’Information Intégrée (Integrated Information Theory) – P.S.I. » Consulté le 22 septembre 2023. https://psi-recherche.com/la-theorie-de-linformation-integree-integrated-information-theory/.
Corrigé par Gabrielle Johnson, Anne-Marie Parenteau et Mélanie Picard
Révisé par Ariane Chouinard
Illustration originale par Fanny Chenail
